Lire le roman d'Emile Zola, Au bonheur des dames

 

 

Emile Zola, Au bonheur des dames, 1883.

http://www.livredepoche.com/au-bonheur-des-dames-emile-zola-9782253002864

 

Lecture du texte intégral en ligne

http://fr.wikisource.org/wiki/Au_bonheur_des_dames

Biographie d'Emile Zola

Emile Zola commence par écrire des contes en 1864. Par son ami Paul Cézanne, il rencontre les peintres impressionnistes qu'il défend par écrit. Il publie ensuite des romans. Après la guerre de 1870, il devient journaliste parlementaire. A partir de 1872, il devient l'ami d'autres écrivains comme Flaubert, les frères Goncourt, Daudet et Tourgueniev.  Le succès de L'Assommoir en 1877, septième volume des Rougon-Macquart, lui apporte la notoriété et l’aisance. En 1898, Zola publie dans L’Aurore son fameux article J'accuse pour défendre le capitaine Dreyfus. Condamné à un an d’emprisonnement et à 3 000 francs d’amende, il quitte la France et il meurt à son retour en 1899, abandonné par tous. Lors de ses obsèques, une foule rendit néanmoins hommage à celui qui avait osé mettre en jeu sa notoriété au nom de la morale.

 

Présentation de Au bonheur des dames

Paru en 1883, Au bonheur des Dames est le onzième roman d'Emile Zola. Le décor est planté sous le Second Empire alors que s'ouvre l'ère des grands magasins.

 

Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s’amoncellent, éblouissants, délicats. Tout ce qu’une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d’enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace.

 

Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d’elle le symbole du modernisme et des crises qu’il suscite. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.


http://www.youtube.com/watch?v=eCeu18Ym9DY

http://boutique.arte.tv/f7032-invention_du_grand_magasin

 

Résumé court de l'œuvre

En 14 chapitres, l’écrivain engagé emmène ses lecteurs dans le monde des grands magasins et décrit la différence de classes qui sévit au 19ème siècle à Paris. Denise Baudu, une jeune normande orpheline de 20 ans découvre Paris après avoir décidé de s’y installer avec ses frères pour y travailler. Elle se fait embaucher Au Bonheur des Dames, un des grands magasins parisiens qui la fascinent. Elle y découvre alors les réalités de son emploi et assiste au développement du magasin. Malgré toutes les  humiliations qu'elle y subit, Denise finit par attirer l’attention d’Octave Mouret, le directeur du magasin, qui lui confie de plus en plus de responsabilités et qui par la suite, lui propose de l’épouser.

 

 

Résumé par chapitres

Chapitre 1. Denise Baudu, jeune orpheline d’une vingtaine d’années, part s’installer à Paris avec ses petits frères, Jean et Pépé, dans l’espoir de travailler pour son oncle Baudu au sein de sa petite boutique Au Vieil Elbeuf. Malheureusement, celui-ci n’a pas de place pour elle et on lui propose de postuler dans le grand magasin de la place, Au Bonheur des Dames.

 

Chapitre 2. Tôt le matin, Denise se rend Au Bonheur des Dames, mais effrayée, n’ose y entrer tandis qu’à l’intérieur une inspection du personnel est effectuée par le directeur en personne. Quand elle se décide enfin à se présenter pour le poste de vendeuse, son allure modeste ne plaide pas en sa faveur mais Mouret, le directeur, lui trouve des airs charmants.

 

Chapitre 3. Octave Mouret, très ambitieux, se rend chez sa maîtresse Henriette, pour rencontrer le baron Hartmann afin de l’amener à financer le projet d’agrandissement de son magasin et fait sur place la rencontre d’un ami d’études, Paul Vallagnosc.

 

Chapitre 4. Lors de sa première journée de travail, Denise est la risée des employés à cause de sa tenue modeste. Elle ne réussit pas à vendre un seul article malgré ses efforts et l’affluence des clients.

 

Chapitre 5. Malgré la vie difficile Au Bonheur des Dames, Denise se donne à fond dans son travail et suit les conseils de son directeur pour arranger sa tenue. Cependant, elle doit jongler entre les problèmes d’argent de Jean, son frère, amateur de femmes, les conseils de son amie Pauline pour se trouver un amant, conseils qu’elle décline et la déclaration d'amour d’Henri Deloche, rencontré le jour de son embauche à Joinville, qu’elle repousse gentiment.

 

Chapitre 6. Accablée de problèmes d’argent, Denise, qui doit également couvrir les dépenses de son frère Jean, se fait aider par son collègue Robineau qui lui donne des nœuds de cravates pris dans le stock afin qu'elle les vende. Tous les deux se font licencier.

 

Chapitre 7. Denise loue un appartement avec son frère Pépé chez Bourras qui lui offre généreusement un emploi. Elle travaille également dans la boutique de Robineau. Au hasard d’une rencontre, Mouret lui propose de redevenir employée Au Bonheur des Dames mais elle refuse.

 

Chapitre 8. Lors d’un repas chez Baudu, Geneviève, la cousine de Denise, lui fait part de ses doutes quant à la fidélité de son fiancé Colomban qui en aime une autre. Le grand magasin Au Bonheur des Dames ne fait que prendre de l’ampleur, asphyxiant au fur et à mesure les autres petites boutiques, y compris celle de son oncle Baudu et de celle de Robineau. Finalement, Denise retourne travailler Au Bonheur des Dames.

 

Chapitre 9. Grâce à une idée fabuleuse de Mouret pour vendre en hiver, Au Bonheur des Dames réalise d’importantes recettes. Mme Desforges, maîtresse de Mouret, soupçonne Denise d’être sa rivale. Mouret nomme Denise au poste de seconde vendeuse, ce qui effraye la jeune femme.

 

Chapitre 10. Denise se fait de plus en plus apprécier dans son travail. Amoureuse d’Octave Mouret, elle n’hésite pourtant pas à décliner l’invitation de celui-ci à un dîner, sachant bien ce que cela signifie. Elle ne veut pas être une aventure d’une nuit.  Son refus étonne tout le monde, Octave Mouret le premier, qui s’amourache encore plus d’elle.

 

Chapitre 11. Henriette qui ne supporte pas de voir Mouret lui échapper pour s’enticher de Denise, s’entend avec Bouthemont qui veut son heure de gloire et le Baron pour piéger Denise et Mouret.

 

Chapitre 12. Denise continue à résister aux avances de Mouret ce qui a pour effet de le  rendre agressif et invivable. Mouret est complètement sous la coupe de la jeune femme. Il commence à envisager l’éventualité d’un mariage avec Denise.

 

Chapitre 13. Geneviève succombe de chagrin suite à l’abandon de Colomban et quelques temps plus tard, sa mère meurt également. Alors que Pépé est au collège, que Jean a de nombreux problèmes, que Baudu ferme sa boutique, tout le travail d’une vie, Robineau tente de se suicider, Bourras est mis à la rue et tous refusent l’aide de Denise.

 

Chapitre 14. Au Bonheur des Dames s’étend d'avantage encore et les rumeurs concernant la relation de Mouret et Denise vont bon train. Octave Mouret finit par demander Denise en mariage. Elle accepte après quelques réticences.

 

 

Extrait -  Chapitre 9

"Mouret avait l'unique passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui avait bâti ce temple, pour l'y tenir à sa merci. C'était toute sa tactique, la griser d'attentions galantes et trafiquer de ses désirs, exploiter sa fièvre. Aussi, nuit et jour, se creusait-il la tête, à la recherche de trouvailles nouvelles. Déjà, voulant éviter la fatigue des étages aux dames délicates, il avait fait installer deux ascenseurs, capitonnés de velours. Puis, il venait d'ouvrir un buffet, où l'on donnait gratuitement des sirops et des biscuits, et un salon de lecture, une galerie monumentale, décorée avec un luxe trop riche, dans laquelle il risquait même des expositions de tableaux. Mais son idée la plus profonde était, chez la femme sans coquetterie, de conquérir la mère par l'enfant ; il ne perdait aucune force, spéculait sur tous les sentiments, créait des rayons pour petits garçons et fillettes, arrêtait les mamans au passage, en offrant aux bébés des images et des ballons. Un trait de génie que cette prime des ballons, distribuée à chaque acheteuse, des ballons rouges, à la fine peau de caoutchouc, portant en grosses lettres le nom du magasin, et qui, tenus au bout d'un fil, voyageant en l'air, promenaient par les rues une réclame vivante !

La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d'annonces et d'affiches. Pour sa mise en vente des nouveautés d'été, il avait lancé deux cent mille catalogues, dont cinquante mille à l'étranger, traduits dans toutes les langues. Maintenant, il les faisait illustrer de gravures, il les accompagnait même d'échantillons, collés sur les feuilles. C'était un débordement d'étalages, le Bonheur des Dames sautait aux yeux du monde entier, envahissait les murailles, les journaux, jusqu'aux rideaux des théâtres. Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu'elle finit fatalement par aller au bruit. Du reste, il lui tendait des pièges plus savants, il l'analysait en grand moraliste. Ainsi, il avait découvert qu'elle ne résistait pas au bon marché, qu'elle achetait sans besoin, quand elle croyait conclure une affaire avantageuse ; et, sur cette observation, il basait son système des diminutions de prix, il baissait progressivement les articles non vendus, préférant les vendre à perte, fidèle au principe du renouvellement rapide des marchandises. Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le cœur de la femme, il venait d'imaginer les rendus, un chef d'œuvre de séduction jésuitique. Prenez toujours, madame : vous nous rendrez l'article, s'il cesse de vous plaire.. Et la femme, qui résistait, trouvait-là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce."

 

Commentaire et questionnement

Zola décrit le grand magasin des Mouret, un nouveau commerce pour séduire les femmes. La tonalité est double, c’est-à-dire à la fois réaliste et polémique. IL commence par une description réaliste du nouveau commerce pour renseigner le lecteur sur les techniques et les procédés de vente puis il critique Mouret et ses méthodes qu'il admire toutefois.

 

Comment Zola oscille-t-il entre admiration et critique du nouveau commerce ?

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