PHILOSOPHIE : Avons-nous besoin de certitudes ?

Lien avec le cours d'enseignement moral et civique - EMC : LA BIOETHIQUE   

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L'homme a-t-il les moyens de distinguer avec certitude le vrai du faux ?

Pourquoi rechercher la vérité ? Avons-nous toujours besoin de certitudes ?

Séance 1 -  Vrai ou faux ? 

René Magritte, La trahison des images, 1929, huile sur toile (60 x 81 cm), Los Angeles, County Museum of Art.

1. Ce tableau de René Magritte pose une question, laquelle ?

2. Pourquoi Magritte a-t-il intitulé son tableau "La trahison des images"?

3. Quel message Magritte a-t-il voulu faire passer ?


Il n'existe de vérité que si on porte un jugement sur quelque chose, jugement selon lequel on dira que c'est vrai ou que c'est faux. Si je dis "La terre est ronde", c'est vrai ou c'est faux. La logique classique écarterait l'idée qu'il pourrait y avoir un intermédiaire entre le vrai et le faux. C'est le principe du tiers exclu. Cependant, en certaines circonstances, on pourrait refuser de répondre par vrai ou faux, par oui ou par non, si on est pas sûr de sa réponse. Cela s'appelle suspendre son jugement. "Je ne veux pas choisir pour l'instant, je ne dis pas que c'est vrai, je ne dis pas que c'est faux." La suspension du jugement est l'arme des sceptiques.

Une œuvre, une analyse

Les sceptiques (IVe siècle avant notre ère)

L'école sceptique a été fondée par Pyrrhon d'Elis (365-275 a.n.è.). Pyrrhon est un contemporain d'Aristote. Il n'a laissé aucun écrit philosophique. Il reprend l'intuition du sophiste Protagoras : "L'homme est la mesure de toutes choses." Ainsi, il ne nie pas la science et la recherche, mais il affirme plutôt que l'homme ne peut pas atteindre la compréhension de l'essence des choses.


Nous ne pouvons pas sortir des phénomènes, c'est à dire de ce qui apparaît. Et ce qui apparaît conditionne le jugement relatif de celui à qui cela apparaît. Le Scepticisme est relayé par Enésidème (80-10 av.n.è.) et plus tard par Sextus Empiricus (IIe ou IIIe siècle de notre ère). Le scepticisme ou pyrrhonisme se veut une école de recherche. Skepsis signifie "examen". Les sceptiques se nomment eux-mêmes des chercheurs. La suspension du jugement (époché) ne constitue pas un refus de la vérité. Refuser de se prononcer laisse à l'esprit toute sa curiosité et son aspiration au savoir.

Le scepticisme est une position philosophique qui se demande si les hommes sont réellement capables de trouver la vérité avec certitude parce qu'il est impossible de parvenir à la réalité absolue des choses. Enésidème puis Sextus Empiricus en font une synthèse en 10 tropes ou manières d'argumenter pour défendre la position sceptique. Ces tropes touchent les différences avec les animaux (1), la différence entre les hommes (2), les différences entre les sens (3), les circonstances (4), la diversité des cultures et des coutumes (5), les mélanges et les influences des milieux (6), les distances, les lieux, les positions (7), la quantité, le trop ou le trop peu (8), la fréquence, le rare ou la familier (9), le relatif dans l'objet et dans la relation entre objet et sujet (10).

 

4. Qu'est-ce qu'un sceptique au sens philosophique ? Choisissez votre réponse :

A. Une personne qui sait qu'elle ne sait rien.

B. Quelqu'un qui doute des connaissances des autres pour mieux faire valoir les siennes.

C. Une personne qui ne sait pas faire de choix.

D. Une personne qui doutent de toutes ses connaissances et suspend son jugement.

 

Séance 2 - Comment définir le vrai ?

Les mots vrai et vérité sont souvent attribués aux objets, aux personnes, ou encore à des comportements. On peut parler d'un vrai diamant, d'un vrai ami, d'une vraie relation. On parle aussi de la vérité d'une interprétation au théâtre ou au cinéma. Dans un sens moral, le vrai est relié à la sincérité. On confond parfois le vrai avec la réalité. Mais au sens philosophique ? Le vrai ne peut s'appliquer qu'aux discours humains, à des systèmes de croyances, des théories ou des affirmations qui sont sensés balayer les incertitudes. 

Deux textes

Spinoza, Pensées métaphysiques, 1663, Gallimard, p. 260-261.

"La première signification donc de Vrai et de Faux semble avoir tiré son origine des récits; et l'on dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé; faux, quand le fait raconté n'était arrivé nulle part. Plus tard les philosophes ont employé le mot pour désigner l'accord ou le non-accord d'une idée avec son objet; ainsi, l'on appelle Idée Vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même; Fausse celle qui montre une chose autrement qu'elle n'est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature de l'esprit. Et de là on en est venu à désigner de même par métaphore des choses inertes; ainsi quand nous disons de l'or vrai ou de l'or faux, comme si l'or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui-même, ce qui est ou n'est pas en lui."

5. Quelle sont les trois étapes qui correspondent aux trois définitions de l'idée de vrai ?

6. Pourquoi la troisième définition est-elle contestable ?

NietzschePar-delà le bien et le mal, 1886, § 34,10/18, p. 74-75.

"C'est un simple préjugé moral que de croire que la vérité vaille mieux que l'apparence, c'est même l'hypothèse la plus mal fondée qui soit. Il faut bien l'avouer, la vie ne serait pas possible sans toute une perspective d'estimation et d'apparence, et si l'on voulait supprimer totalement le « monde apparent » avec toute l'indignation et la rusticité vertueuse qu'y apportent certains philosophes, à supposer que ce fût possible, il ne resterait rien non plus de votre « vérité ». En effet, qu'est-ce qui nous force à admettre qu'il y ait opposition radicale entre le « vrai » et le « faux » ? Ne suffit-il pas d'admettre des degrés dans l'apparence, comme qui dirait des nuances et des harmonies plus ou moins claires, plus ou moins sombres, des valeurs diverses, pour user du langage des peintres ? Pourquoi le monde qui nous concerne ne serait-il pas fictif ? Et si l'on objecte alors que toute fiction doit avoir un auteur, ne pourrait-on pas répondre en toute franchise : Pourquoi ? Ces mots « doit avoir » ne font-ils pas partie eux aussi de la fiction ? 

7. Pour Nietzsche, la vérité dépend de l'apparence. Expliquez sa position à l'aide du texte.

8. Comment la justifier ?

Qu'est-ce que la vérité ?


9. Douter est-ce détourner de la vérité ?

10. Le doute serait-il un obstacle à la vérité ?

11. Qu'est-ce que la vérité dans un sens courant ?

12. Comment la vérité est-elle affaire de jugement ?

13. La vérité existe-t-elle ?

14. Quel est l'apport de la vérité ?

 

Séance 3 - Avons-nous besoin de certitudes sur la question de Dieu ?

Le terme de Dieu recouvre les croyances les plus diverses. 

1. Le Théisme : Le théisme se rapporte à la religion juive, chrétienne et musulmane. Il renvoie à l’idée que Dieu est le créateur de l’univers. Nous avons un Dieu qui est transcendant au monde créé. C’est une conception issue de la Bible. Il est la source de tout ce qui existe, l’être parfait, tout puissant et infini.

2. Le panthéisme :
PAN : tout THEOS : DIEU. Il ne faut pas distinguer Dieu du monde. Dieu n’est pas le créateur du monde, cela signifie qu’il n’est pas transcendant au monde, bien au contraire, il se confond avec lui. La conséquence est la suivante : Dieu ne serait pas la Totalité, l’infini, ce qui est impossible. L’univers est en Dieu et non hors de lui. Dieu est immanent à l’univers. Pour reprendre les mots de Spinoza, Dieu est nature naturante tandis que l’homme est nature naturée : mode fini de la substance infinie. 

3. L’athéisme :
L’athéisme se définit par la négation complète de Dieu. On suppose que Dieu n’a pas crée le monde, Dieu n’est pas transcendant par opposition au théisme. Dieu n’est pas non plus immanent par opposition au panthéisme. Aucune cause créatrice ne peut rendre compte de la matière. Il nous faut donc poser une matière éternelle qui n’a ni commencement, ni fin. La matière en mouvement permet à elle seule de rendre compte des phénomènes. (cf. Le Marxisme).

4. L’agnosticisme :
Les agnostiques considèrent qu’on ne peut se faire aucune idée de Dieu. On ne peut pas savoir s’il existe ou pas par conséquent, l’univers reste mystérieux et incompréhensible.

Peut-on concilier foi et raison ?

La foi affirme la certitude de l'existence de Dieu. Avoir la foi, c'est mettre sa croyance là où la raison s'arrête. Mais la foi n'est pas le refus total de la raison. Pas plus que la raison (scientifique) n'est suppression totale de toute forme de croyance.

Un auteur - Blaise Pascal (1623-1662)

Un texte - Blaise Pascal, Pensées, 1669, in Œuvres complètes, Seuil, p.512.

"Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part, essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n’ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison; cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l'incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent.  

Car la connaissance des premiers principes, comme qu’il y a espace, temps, mouvement, nombres, est aussi ferme qu’aucune de celles que nos raisonnements nous donnent, et c'est sur ces connaissances du cœur et de l'instinct qu’il faut que la raison s'appuie et qu’elle y fonde tout son discours. Le cœur sent qu’il y a trois dimensions dans l’espace et que les nombres sont infinis et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l’un soit double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent et le tout avec certitude quoique par différentes voies. Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu’il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions quelle démontre pour vouloir les recevoir."

15. Pourquoi les sciences ne peuvent-elles pas tout prouver ?

16. Quelles règles de cohabitation Pascal cherche-t-il à établir entre le cœur et la raison ?