Lire la poésie du XIXème siècle

Victor Hugo, Les contemplations, 5 septembre 1847.

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe 

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Le contexte du poème de Victor HUGO : le drame familial du 4 septembre 1843

http://www.herodote.net/4_septembre_1843-evenement-18430904.php

 

Arthur Rimbaud, Le dormeur du val, 1870.

 

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

  

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Une analyse du dormeur du Val 

http://commentairecompose.fr/le-dormeur-du-val/

 

José-Maria de Hérédia, Les Conquérants, Les trophées, 1893.

 

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

 

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.

 

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;

 

Ou, penchés à l'avant de blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.

 

Structure du poème

http://bacdefrancais.net/conquerants-heredia.php

José-Maria de Hérédia - Aimer la littérature

http://cotentinghislaine.unblog.fr/2009/12/23/jose-maria-de-heredia-les-trophees-les-conquerants-corpus-fonctions-du-voyage-decouvertes-et-remises-en-cause/