PHILOSOPHIE : Que signifie être libre ?

Lien avec le cours d'enseignement moral et civique - EMC : LA BIOETHIQUE   

https://www.barbeypedagogie.fr/6-ressources-pedagogiques/cours-2021-terminale-pro/emc-tle-la-bioéthique/

La liberté consiste-elle à faire de que l'on veut ? Le libre arbitre est-il un fait évident ou une invention ? En quoi la liberté est-elle liée à la responsabilité ?

Séance 1 - Qu'est ce que la liberté ?

Le sens du mot Liberté : https://www.cnrtl.fr/definition/liberté

Le concept de liberté passe par trois étapes qui caractérisent toute action : savoir, vouloir, pouvoir. Savoir, c'est être informé avant de faire un choix. Vouloir, c'est choisir en pleine conscience et clairement. Pouvoir, c'est avoir la capacité, les moyens et le droit d'agir.

Un auteur - Gottfried Leibniz (1646-1716)

Gottfried Leibniz était un grand scientifique. Philosophe, juriste, historien, diplomate, c'est un grand homme universel de son temps, pacifiste, rêvant de réunifier les églises catholiques et protestantes, et de rapprocher les peuples d'Europe.

Un texte - Gottfried Leibniz, Nouveaux essais sur l'entendement humain, 1703-1704, livre II, chapitre 21, Garnier-Flammarion, p.148.

"Le terme de liberté est fort ambigu. Il y a liberté de droit et de fait. Suivant celle de droit, un esclave n'est point libre, un sujet n'est pas entièrement libre, mais un pauvre est aussi libre qu'un riche.
La liberté de fait consiste ou dans la puissance de faire ce que l'on veut ou dans la puissance de vouloir comme il faut. [...] La liberté de faire [...] a ses degrés et variétés. Généralement, celui qui a plus de moyens est plus libre de faire ce qu'il veut. Mais on entend la liberté particulièrement de l'usage des choses qui ont coutume d'être en notre pouvoir, et surtout de l'usage libre de notre corps. Ainsi la prison et les maladies qui nous empêchent de donner à notre corps et à nos membres le mouvement que nous voulons, et que nous pouvons leur donner ordinairement dérogent à notre liberté : c'est ainsi qu'un prisonnier n'est point libre, et qu'un paralytique n'a point l'usage libre de ses membres.

La liberté de vouloir est encore prise en deux sens différents. L'un est quand on l'oppose à l'imperfection ou à l'esclavage d'esprit, qui est une coaction ou contrainte, mais interne, comme celle qui vient des passions. L'autre sens a lieu quand on oppose la liberté à la nécessité. Dans le premier sens, les stoïciens disaient que le sage seul est libre ; et, en effet, on a point l'esprit libre quand il est occupé d'une grande passion, car on ne peut point vouloir comme il faut, c'est-à-dire avec la délibération qui est requise. C'est ainsi que Dieu seul est parfaitement libre, et que les esprits créés ne le sont qu'à mesure qu'ils sont au-dessus des passions. Et cette liberté regarde proprement notre entendement.

Mais la liberté de l'esprit opposée à la nécessité regarde la volonté nue et en tant qu'elle est distinguée de l'entendement. C'est ce qu'on appelle le franc-arbitre et consiste en ce que l'on veut que les plus fortes raisons ou impressions que l'entendement présente à la volonté n'empêchent point l'acte de la volonté d'être contingent et ne lui donnent point une nécessité absolue et pour ainsi dire métaphysique." 

1. Quels sens de la liberté sont repérés par Leibniz ?

2. Quelle méthode utilise-t-il pour les distinguer ?

3. Quelle définition Leibniz donne-t-il du (franc) libre arbitre ?

4. Pourquoi des "raisons " d'un acte ne sont pas des "causes" ?

La liberté selon Descartes

5. Comment Descartes considère-t-il la liberté ?

6. Qu'est-ce que le libre arbitre pour Descartes ?

7. Quels problèmes pose la philosophie de la liberté absolue selon Descartes ?

8. Que veut dire "la liberté est un combat incessant pour se libérer"?

9. Quel est le point de vue de Jean-Paul Sartre sur la liberté de l'homme ?

 

Séance 2 - La liberté consiste-t-elle à faire tout ce qu'on veut ?

L'inconvénient de cette définition, c'est d'oublier les libertés collectives gagnées par les hommes tout au long de l'histoire. Peut-on être libre seul ? C'est aussi sous-estimer les garantie contre les pouvoirs arbitraires. Peut-on être libres sans lois ? C'est aussi laisser dans le flou la notion de volonté. 

Le point de vue des philosophes - Liberté et déterminisme 

10. Qu'est-ce que le libre arbitre ?

11. Qu'est-ce que le déterminisme ?

12. Que pense Descartes, Nietzsche, Marx, Freud, Kant du déterminisme ?

Un auteur - Jean-François Dortier (1956-)

Jean-François Dortier est un sociologue français. Il est fondateur et directeur de la publication du magazine Sciences humaines. Il est également éditeur des éditions Sciences Humaines et du magazine Le Cercle Psy, média en ligne et revue trimestrielle de vulgarisation de la recherche en psychologie.

Un texte - Jean-François Dortier, Les idées pures n'existent pas, in L'œuvre de Pierre Bourdieu, Sciences humaines, numéro spécial, 20002, p.5-6.

"L'habitus, c'est d'abord le produit d'un apprentissage devenu inconscient qui se traduit ensuite par une aptitude apparemment naturelle à évoluer librement dans un milieu. Ainsi le musicien ne peut improviser librement au piano qu'après avoir longtemps fait ses gammes, acquis les règles de la composition et de l'harmonie. Ce n'est qu'après avoir intériorisé les codes et contraintes musicales (les « structures structurées ») que notre pianiste pourra alors composer, créer, inventer, transmettre sa musique (les « structures structurantes »). L'auteur, le compositeur, l'artiste vit alors sa création sur le mode de la liberté créatrice, de la pure inspiration, parce qu'il n'a plus conscience des codes et styles qu'il a profondément intériorisés. Il en va ainsi de la musique, comme du langage, de l'écriture et de la pensée, en général. On les croit libres et désincarnés, alors qu'ils sont le produit de contraintes et structures profondément ancrées en soi. Les habitus sont aussi des sources motrices de l'action et de la pensée ; ce que P. Bourdieu appelle des « principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations ».

La théorie de l'habitus renvoie donc dos à dos deux modèles de l'action opposés. D'un côté, le déterminisme sommaire qui enfermerait nos actions dans le cadre de contraintes imposées ; de l'autre, la fiction d'un individu autonome, libre et rationnel. Chacun de nous est bien le produit de son milieu, prisonnier de routines d'action. Mais nos habitudes et routines fonctionnent comme des programmes, possèdent des capacités créatrices et stratégiques dans un milieu donné."

13. Qu'est-ce que l'habitus ?

14. En quoi la notion de l'habitus est-elle une alternative à la fois au modèle déterministe et à l'idée de libre arbitre ?

Obéir aux lois, est-ce renoncer à la liberté ?

15. En général, pourquoi obéit-on aux lois selon Platon ?

16. Selon Bakounine, comment exercer totalement sa liberté ?

17. Que dit Spinoza sur l'exercice de la liberté face à l'obéissance ?

18. Pourquoi ne faut-il pas obéir aveuglement à la loi ?

 

Séance 3 - En quoi la liberté entraîne -t-elle la responsabilité ?

La notion de faute a longtemps été associée à la responsabilité, à la liberté individuelle. Aujourd'hui, on distingue l'acte délibéré, volontaire, prémédité de l'acte non volontaire, non prémédité. On réfléchit aussi aux notions de responsabilité individuelle et de responsabilité collective. On évalue aussi les degrés de responsabilité : acte commis par négligence, par imprudence, avec des circonstances atténuantes ou pas.

Acte volontaire, non volontaire, involontaire ?

Un auteur - Aristote (384-322 av.n.è)

Un texte - Aristote, Ethique à Nicomaque, IVe siècle avant notre ère.

" On admet d'ordinaire qu'un acte est involontaire quand il est fait sous la contrainte, ou par ignorance.

Est fait par contrainte tout ce qui a son principe hors de nous, c'est-à-dire un principe dans lequel on ne relève aucun concours de l'agent ou du patient : si, par exemple, on est emporté quelque part, soit par le vent, soit par des gens qui vous tiennent en leur pouvoir.

Mais pour les actes accomplis par crainte de plus grands maux ou pour quelque noble motif (par exemple, si un tyran nous ordonne d'accomplir une action honteuse, alors qu'il tient en son pouvoir nos parents et nos enfants, et qu'en accomplissant cette action nous assurerions leur salut, et en refusant de la faire, leur mort), pour de telles actions la question est débattue de savoir si elles sont volontaires ou involontaires. C'est là encore ce qui se produit dans le cas d'une cargaison que l'on jette par-dessus bord au cours d'une tempête : dans l'absolu, personne ne se débarrasse ainsi de son bien volontairement, mais quand il s'agit de son propre salut et de celui de ses compagnons, un homme de sens agit toujours ainsi. De telles actions sont donc mixtes, tout en ressemblant plutôt à des actions volontaires, car elles sont librement choisies au moment où on les accomplit, et la fin de l'action varie avec les circonstances de temps. On doit donc, pour qualifier une action de volontaire ou d'involontaire, se référer au moment où elle s'accomplit. Or ici l'homme agit volontairement, car le principe qui, en de telles actions, eut les parties instrumentales de son corps, réside en lui, et les choses dont le principe est en l'homme même, il dépend de lui de les faire ou de ne pas les faire. Volontaires sont donc les actions de ce genre, quoique dans l'absolu elles soient peut-être involontaires, puisque personne ne choisirait jamais une pareille action en elle-même. [...]

L'acte fait par ignorance est toujours non volontaire ; il n'est involontaire que si l'agent en éprouve affliction et repentir. En effet, l'homme qui, après avoir accompli par ignorance une action quelconque, ne ressent aucun déplaisir de son acte, n'a pas agi volontairement, puisqu'il ne savait pas ce qu'il faisait, mais il n'a pas non plus agi involontairement, puisqu'il n'en éprouve aucun chagrin. Les actes faits par ignorance sont dès lors de deux sortes : si l'agent en ressent du repentir, on estime qu'il a agi involontairement ; et s'il ne se repent pas, on pourra dire, pour marquer la distinction avec le cas précédent, qu'il a agi non volontairement : puisque ce second cas est différent du premier, il est préférable, en effet, de lui donner un nom qui lui soit propre."

19. Quels sont les critères d'Aristote pour définir une "acte volontaire" ?

20. Quelle différence Aristote fait-il entre acte "non volontaire" et "acte involontaire" ?

Le libre arbitre : condition nécessaire de la responsabilité ?

Un auteur - Friedrich Nietzsche (1844-1900)

Un texte - Friedrich Nietzsche, Le  crépuscule des idoles, 1888, Gallimard, p.64-65.

"Nous n’avons maintenant plus aucune indulgence pour la notion de « libre arbitre » ; nous ne savons que trop ce que c’est – le plus suspect des tours de passe-passe des théologiens, aux fins de rendre l’humanité « responsable », au sens où ils l’entendent, c’est-à-dire de la rendre plus dépendante des théologiens…Je n’évoquerai ici que la psychologie de toute « responsabilisation générale ». Chaque fois que l’on cherche à « établir les responsabilités » c’est habituellement l’instinct de vouloir punir et juger qui est à l’œuvre. C’est dépouiller le devenir de son innocence qu’attribuer à une volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité le fait d’être de telle ou telle manière. La théorie de la volonté a été essentiellement inventée à des fins de châtiment, c’est-à-dire par «désir de trouver coupable». Toute l’ancienne psychologie, la psychologie de la volonté, est née de ce que ses auteurs, les prêtres qui étaient à la tête des anciennes communautés, voulaient se donner un droit d’infliger des punitions, ou donner à Dieu un tel droit…Si l’on a conçu les hommes « libres », c’est à seule fin qu’ils puissent être jugés et condamnés, afin qu’ils puissent devenir coupables."

21. Pourquoi la morale et la religion ont-elles besoin de croire au libre arbitre ?

22. La négation du libre arbitre par le déterminisme serait-elle un désastre pour la morale ?

23. Le libre arbitre, au contraire, n'est-il pas une exigence éthique ?

Le libre arbitre - Les questions posées par la science : L'expérience de Libet