PHILOSOPHIE : LE TRAVAIL ET SON MONDE

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VIVRE AUJOURD'HUI : L'HUMANITE, LE MONDE, LES SCIENCES ET LA TECHNIQUE    

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Pourquoi faut-il travailler ? Le travail est-il une libération ou une aliénation ?

Le travail est-il une cause ou un effet des inégalités sociales ?

Séance 1 - Le travail et l'histoire

1. Quels types de travail existe-t-il ?

2. Le travail est-il un jeu ?

3. Selon Marx, le travail permet-il de se réaliser ou est-il aliénant (contraignant) ?

L'Homme se réalise dans ce qu'il produit. Aussi, le travail peut être perçu comme un signe de liberté. Cependant, les conditions dans lesquelles on effectue un travail provoquent le plus souvent l'aliénation du travailleur plutôt que la réalisation de soi.

Les sens du mot Travail :  https://www.cnrtl.fr/definition/travail

4. Quel est l'origine du mot travail ?

5. Qu'est-ce que laisse entendre l'origine de ce mot ?

Le travail à travers l'histoire

Dans l'Antiquité, le travail suppose un rapport d'inégalité et d''exploitation. Le travailleur est un serviteur ou même un esclave. Pour les Grecs, seul l'artisanat peut convenir pour être citoyen. Plus on fait travailler les autres, plus on  a de temps libre pour accéder à des fonctions nobles, telles que la science, la politique, l'amitié.

Au Moyen Âge, le mot travail est fabriqué du latin tripalium pour exprimer le tourment, la souffrance, la torture du travail. Il empêche l'oisiveté qui est mère de tous les vices. Il est une protection contre le péché comme impératif moral.

A la révolution industrielle, le travail est mis au cœur de la société. Les économistes libéraux comme Adam Smith (La Richesse des nations) affirme que le travail est la source de toute richesse. Il prend l'exemple de Robinson Crusoë, seul sur son île, qui mesure la valeur de ce qu'il possède au temps de travail qu'il lui a fallu pour l'obtenir. Le travail est considéré comme un impératif économique.

A l'époque moderne, l'impératif moral et économique est la valeur dominante du travail. Aussi, l'Homme occidental ne comprend pas que les Hommes d'autres civilisations ne travaillent que pour satisfaire leurs besoins élémentaires. Ils considèrent donc ces peuples qu'ils ont colonisés comme des paresseux adonnés au vice.

Le point de vue du philosophe - Le travail selon Karl Marx (1818-1883)

6. Qui est Karl Marx ?

7. Dans quel courant politique Marx s'engage-t-il ?

8. Quel grand ouvrage Marx rédige-t-il 6

Un texte -  Karl Marx, Le Capital, III.3, Éditions sociales, 1960, p. 198 :

« En fait, le royaume de la liberté commence seulement là où l’on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ; il se situe donc par nature, au-delà de la sphère de reproduction matérielle proprement dite. De même que l’homme primitif doit lutter contre la nature pour pourvoir à ses besoins, se maintenir en vie et se reproduire, l’homme civilisé est forcé, lui aussi, de le faire et de le faire quels que soient la structure de la société et le mode de production. Avec son développement, s’étend également le domaine de la nécessité naturelle, parce que les besoins augmentent ; mais en même temps l’élargissement pour les satisfaire. En ce domaine, la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés, règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par sa puissance aveugle et qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de force et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à la nature humaine. Mais cette activité constituera toujours le royaume de la nécessité. C’est au-delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté qui ne peut s’épanouir qu’en se fondant sur l’autre royaume, sur l’autre base, celle de la nécessité. La condition essentielle de cet épanouissement est la réduction de la journée de travail ».

Pour Marx :

9. A partir de quand commence la liberté pour l'Homme ?

10. Qu'est ce qui ne différencie pas l'Homme primitif de l'Homme moderne ?

11. Que doit faire l'Homme social pour atteindre la seule liberté possible ?

12. Qu'est-ce que propose Marx pour que l'Homme puisse s'épanouir ?

Le tournant du 18e siècle

Pour Marx, l'opposition entre point de vue positif et négatif sur le travail atteint son maximum. Le travail est ce qui caractérise l'Homme, il lui permet d'échapper à la nature et d'affirmer sa supériorité. Mais dans l'économie capitaliste, le travail entraîne une aliénation. L'ouvrier ne maîtrise plus ni le début ni la fin de son travail, ni son savoir-faire, ni soin salaire. En effet, au 18e siècle, la division technique du travail vient mécaniser toutes les tâches. L'ouvrier y perd tout son savoir-faire. Au début du XXe siècle, le taylorisme impose une "organisation scientifique du travail" en découpant les différentes opérations, en décomposant chaque geste. Le but est de réduire les pertes de temps et d'augmenter l'efficacité de la production. Ce sont les ingénieurs qui décident des gestes à faire par l'"ouvrier spécialisé" qui n'a plus qu'à les effectuer. Le fordisme va encore plus loin en créant le travail à la chaîne.

 

Séance 2 - Le travail : libération ou aliénation ?

Une œuvre - Diego Rivera, L'industrie de détroit, 1932-1933, MFA, Détroit.

13. Qu'est-ce que cette œuvre et qui l'a créée ?

14. Où se trouve-t-elle et pourquoi là ?

15. Dans quel contexte a-t-elle été réalisée ?

16. Que vous inspire cette œuvre ?

Qu'est-ce que l'aliénation ?

Dans la société artisanale, on utilise des outils. dans la société industrielle, on se sert de machines. La société industrielle entraîne une transformation radicale  du monde humain. L'outil devient la prolongation du corps humain. La machine lui donne des pouvoirs démesurés, surnaturels. 

Pour acheter les machines, il fallait des personnes disposant d'importants capitaux. Tout une population pauvre se met alors au service du capital. La relation sociale tissée par le monde de l'artisanat disparaît.

Marx met en évidence l'aliénation du salarié au travail. Il n'a plus de rapport direct avec ce qu'il produit. Sa réflexion est minimale. On commence à faire la distinction entre le travail dit manuel et le travail intellectuel. L'ouvrier n'a plus besoin d'avoir du talent. Il a juste besoin d'avoir le bon geste. Le travail perd de son sens d'œuvre

C'est une forme de l'exploitation de l'homme par l'homme plus vicieuse que l'esclavage parce qu'elle est dissimulée. Pour Marx, le salarié n'obtient pas le juste prix pour son travail. L'ouvrier est lui-même considéré comme une simple marchandise et son employeur ne le paye que pour ce qui est indispensable à son renouvèlement, c'est-à-dire sa nourriture, son logement, son repos et un peu de loisirs. Le but de l'employeur est de maintenir sa main d'œuvre la plus performante possible. Il faut aussi lui permettre de se reproduire pour faire d'autres ouvriers. La plus-value produite par l'ouvrier ne lui revient pas. Elle va directement dans la poche de son employeur. Aussi, l'ouvrier ne pourra jamais passer du côté du capital. C'est l'argent qui contribue qui pervertit la société en créant une relation de pouvoir. Avec de l'argent, les détenteurs du capital peuvent mettre à leur service le temps et la compétence des autres. L'argent va être ainsi accumulé par les capitalistes génération après génération et créer une classe de gens qui n'ont plus besoin de travailler. On devient propriétaire de ce qu'on a pas produit. "L'argent n'a pas d'odeur" et peut provenir de n'importe où. Il n'a pas l'odeur de celui qui a travaillé pour le produire. Les conditions de travail sont inhumaines, l'ouvrier n'a plus de rapports humains avec sa hiérarchie et difficilement avec les autres ouvriers.

 

Séance 3 - Le travail selon Karl Marx

Un texte - L'analyse du Capital de Karl Marx, Livre 1, Le fétichisme de la marchandise (1867)

«Le travail est donc une marchandise que son possesseur, le salarié, vend au capital. Pourquoi le vend-il? Pour vivre. Mais le travail est aussi l'activité vitale propre au travailleur, l'expression personnelle de sa vie. Et cette activité vitale, il la vend à un tiers pour s'assurer les moyens nécessaires à son existence. Si bien que son activité vitale n'est rien sinon l'unique moyen de subsistance. Il travaille pour vivre. Il ne compte point le travail en tant que tel comme faisant partie de sa vie; c'est bien plutôt le sacrifice de cette vie. C'est une marchandise qu'il adjuge à un tiers. C'est pourquoi le produit de son activité n'est pas le but de son activité. Ce qu'il produit pour lui-même, ce n'est pas la soie qu'il tisse, l'or qu'il extrait de la mine, la palais qu'il élève. Ce qu'il produit pour lui-même c'est le salaire; et la soie, l'or, le palais se réduisent pour lui à une certaine quantité de moyens de subsistance, tels qu'une veste de coton, de la menue monnaie et le sous-sol où il habite. Voilà un ouvrier qui, tout au long de ses douze heures, tisse, file, perce, tourne, bâtit, creuse, casse ou charrie des pierres. Ces douze heures de tissage, de filage, de perçage, de travail au tour ou à la pelle ou au marteau à tailler la pierre, l'ouvrier les considère-t-il comme une expression de son existence, y voit-il l'essentiel de sa vie? Non, bien au contraire. La vie commence pour lui quand cette activité prend fin, à table, au bistrot, au lit. Les douze heures de travail n'ont pas de sens pour lui en ce qu'il les passe à tisser, à filer, à tourner, mais en ce qu'il gagne de quoi aller à table, au bistrot, au lit. Si le ver à soie filait pour joindre les deux bouts en demeurant chenille, il serait le salarié parfait.» 

- Marx, Le Capital, livre I, 3e section, chapitre 7.

Pour Marx :

17. Qu'est-ce que le travail ?

18. Comment le salarié considère-t-il son travail ?

19. Quand la vie commence-t-elle pour un salarié ?

20. Que veut dire l'expression : "Si le ver à soie filait pour joindre les deux bouts en demeurant chenille, il serait le salarié parfait."

Toute société se caractérise par l'échange, mais les sociétés capitalistes par l'échange généralisé de marchandises. Pour Marx se posent deux problèmes, celui de la valeur de l'échange par l'intermédiaire de l'argent, et celui de l'origine de la plus-value selon lequel l'argent produit des marchandises qui produisent aussi de l'argent.

La valeur d'échange 

La valeur d'usage, c'est l'utilité de quelque chose parce qu'on en a besoin. La valeur d'échange est différente de la valeur d'usage. Comment en effet échanger deux choses totalement différentes, par exemple du blé et du fer ? Qui a-t-il de commun entre le blé et le fer ? C'est le travail humain qu'il faut pour les obtenir. Ainsi, la valeur d'échange d'une marchandise est proportionnelle à la "quantité de travail fourni" pour la produire. Marx précise "quantité de travail socialement nécessaire, à une époque donnée." On prend en compte le temps moyen qu'il faut à l'ensemble des producteurs pour produire le même objet. Mais les changements technologiques modifient ce temps moyen de production. La filature à la main prenait beaucoup plus de temps que la filature mécanisée du tissage à la machine à vapeur. Le tisserand prenait toujours le même temps pour produire, mais la valeur de son travail était réduite de moitié par ce qu'on pouvait produire la même chose que lui en deux fois de temps avec une machine. On voit là que la valeur d'une chose n'est pas en elle-même. C'est plutôt une relation complexe entre le travail fourni et le contexte historique. Le travail qui produit des biens dont on estime la valeur d'usage, est constitué d'une capacité individuelle, de compétences particulières, d'un savoir-faire professionnel, d'une formation, de qualités morales. Le travail qui produit uniquement des marchandises destinées à être échangées n'est plus qu'une activité productrice en général, dont on ne considère plus que l'aspect quantitatif.

Le monde des marchandises

Dans une société où l'échange généralisée de marchandises est la norme, la richesse est réduite aux objets ou à leur forme monétaire. La richesse n'est plus constituée par les hommes (les soldats dans l'armée d'un monarque, les esclaves appartenant à un maître, les serfs obéissant à leur seigneur), ni les femmes (vendues ou échangées entre clans dans les sociétés primitives), ni les services ou obligations politiques (le serment  de fidélité du vassal envers son suzerain ou les corvées des serfs envers leur seigneur dans les sociétés féodales). Le capitalisme coupe les liens entre la sphère économique et les autres sphères, religieuse, sociologique, politique. La sphère matérielle de la production  se résume à une circulation d'objets à travers le monde : les marchandises.

Le fétichisme de la marchandise

Ce ne sont pas les objets qui s’échangent mais le travail de production de ces objets, un travail socialement organisé qui produit des objets qui seront échangés en vue d'un profit.

Dès le départ, le caractère social de l’échange est envisagé et la quantité de travail nécessaire à la production est calculé. La marchandise est proposée comme ayant une valeur propre, comme si son prix était objectif comme sa masse ou sa composition chimique. Les relations d'échange entre les hommes et leur travail disparait pour une relation d'échanges entre les choses. C'est ce que Marx appelle le fétichisme de la marchandise.

Karl Marx propose trois contre-exemples :

1. Robinson Crusoé : Robinson, seul son île, juge la valeur d'un objet au temps qu'il a mis pour le fabriquer. Cependant, c'est encore l'échange qui guide son jugement puisqu'il est obligé de partager son temps entre différentes occupations qu'il compare entre elles selon le temps qu'il y passe.

2. L'époque féodale : Le serf fait sa corvée pour son seigneur, il sait qu'il lui donne du temps. La relation sociale est visible et ne se cache pas derrière des objets.

3. Une famille paysanne vivant en autarcie : Elle distribue le travail,  selon leur âge et leur sexe, entre chacun de ses membres, qui produisent différents objets : du blé, du bétail, du tissu, des vêtements. L'échange est considéré, non pas comme un échange d'objets, mais comme un échange social de rôles et de pouvoirs.

Constat actuel 

L'image du travail est tiraillée entre deux pôles. Plus le travail est rare, plus il est valorisé. Sans travail, on ne peut pas s'intégrer socialement. Les classes les plus favorisées considèrent qu'un travail intéressant est une condition essentielle au bonheur. D'un autre côté, les conditions de travail n'ont pas beaucoup changées pour la plupart de gens même en tenant compte des avancées technologiques. Pour eux, le travail reste un facteur de souffrances et de conflits. Les travailleurs ont bien du mal aujourd'hui à être solidaires entre eux quand les entreprises leur proposent des contrats de travail flexibles (travail précaire, temps partiel contraint, CDD, intérim, travail externalisé).