CAFA - Dispositif 16A0220142 / Module 30171 / LE PRINCIPE DE LAÏCITÉ / SÉMINAIRE ALADIN

 

Séminaire du vendredi 02 décembre 2016 – Lycée Maryse Bastié - Limoges

« L’école face à une société plurielle :

comprendre les enjeux et apporter des réponses éducatives »

 

Programme de l’après-midi  (enseignants)  

 

Ces conférences s’inscrivent dans le projet Aladin : http://www.projetaladin.org/

 

 

14h30 - Conférence de Michel Abitbol, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem et directeur scientifique du centre national de recherche sur les juifs du Maroc :

 

« Les relations entre juifs et musulmans au Maghreb, de l’islamisation à nos jours » 

 

D’après la Bible, des juifs arabophones vivaient en Arabie bien avant Mahomet (Actes des Apôtres, NT, premier siècle de notre ère). Aujourd’hui, il n’y a plus aucun juif à Damas ou à Bagdad. Il ne reste qu’environ 65.000 juifs dans le monde arabo-musulman surtout en Turquie et en Iran (dont 3.000 à 5.000 juifs au Maroc et en Tunisie).

Le mode de vie des juifs dans le monde arabo-musulman a été différent suivant les lieux et les époques. Il n’y a pas de modèle immuable.

Le Pacte d’Omar (717 n.è.) n’est qu’une simple lettre du patriarche de Jérusalem au calife Omar (on ne sait pas lequel  car il y en a eu deux) qui règle la condition de dhimmi (résident non musulman, juif ou chrétien). Les dhimmis sont mis en infériorité légale par rapport aux musulmans (jusqu’à ce jour). Les dhimmis doivent porter des habits distinctifs mais au même titre que les esclaves, les artisans, les soldats, etc. sauf pour les classes aisées. En échange, ils peuvent pratiquer librement leur religion. Pour rappel, il faut attendre la Révolution française (1791) pour que les juifs de France obtiennent (enfin) la nationalité française.

Il est interdit aux dhimmis d’écrire en arabe (langue sacrée du Coran) et de lire le Coran (Parole sacrée). 

En réalité de grands savants juifs comme Maïmonide parlaient parfaitement l’arabe. Dans d’autres lieux, le judaïsme est éradiqué (11e siècle sous les Almohades). La réalité historique est complexe.

Néanmoins, la mixité sociale entre juifs et musulmans a toujours été une réalité. Durant tout le moyen-âge, on assiste à une symbiose culturelle. L’islam influence le judaïsme et le judaïsme influence l’islam. Le mot charia (règles doctrinales) par exemple et lui-même tiré du mot hébraïque halakhah qui signifie la même chose. On trouve de nombreuses correspondances et emprunts. De Tolède à Damas, on parle de civilisation judéo-arabe (comme on parlera d’une civilisation judéo-allemande au 19e et judéo-américaine au 20e). On trouve même des documents arabes écrits en caractères hébraïques. L’arabe influence la liturgie juive, la grammaire juive et la philosophie juive par le biais de la découverte des philosophes grecs de l’antiquité traduits par les arabes.

L’unification du monde arabe profite au monde juif. Les deux principaux califats sont ceux de Damas et de Bagdad. Quand les deux califats se disloquent, le monde juif se disloque aussi. Dans le pôle espagnol (andalou, séfarade, méditerranéen), la poésie, la liturgie, la mystique, la kabbale juives sont florissantes (au 19e et au 20e, le pôle égyptien et tunisien (ashkénaze) se développera à son tour).

Au moyen-âge, l’arabe est une langue de culture même dans l’Espagne chrétienne. Par exemple, la musique arabo-andalouse, considérée comme une science noble, est soigneusement conservée dans la liturgie juive.

Les Mongols détruisent Bagdad (1258).  Le monde musulman s’affaiblit progressivement et se ferme sur lui-même au détriment aussi des non-musulmans. On assiste à une montée des oulemas (théologiens) et des chefs religieux. Ceux-ci prônent une purification, une séparation d’avec les étrangers. Ibn Taymiyya (1263, Harran - 1328, Damas), théologien et jurisconsulte influent, met en garde les musulmans contre les juifs et les chrétiens. Au 14e-15e,  on constate un cloisonnement des minorités non musulmanes. Elles sont enfermées dans des quartiers fermés, doivent porter des marques humiliantes de dhimmis. S’ensuit une ethnisation culturelle. Cependant, en 1492, ce sont les musulmans ottomans du Maroc ou de Turquie qui recueillent les juifs chassés d’Espagne et du Portugal mais il n’y a pas d’interpénétration ni d’acculturation.

Au 16e est entérinée la déchéance culturelle des juifs en islam dans le cadre d’une déchéance générale.

Au 18e le décrochage entre juifs et musulmans est consommé. L’Europe assoit sa supériorité  et les juifs se tournent vers l’Europe. En 1830, en Algérie, les français choisissent de soutenir la communauté juive et le statut des juifs est aligné sur celui de la métropole. Les tribunaux rabbiniques sont supprimés.

La loi française s’impose dans la communauté juive selon la règle d’or pour les juifs que la loi de l’Etat prime sur la loi religieuse. La religion juive est consistoirisée. En 1870, les juifs d’Algérie deviennent citoyens français (décret Crémieux) ce qui crée des tensions avec les musulmans qui n’ont pas les mêmes droits.

Les occidentaux obligent l’empire ottoman à se moderniser. Les citoyens juifs de l’empire font leur service militaire et envoient des députés au parlement. Des institutions philanthropiques juives se créent comme l’Alliance Israélite Universelle – AIU. L’AIU fonde des milliers d’écoles françaises un peu partout.

Pour l’historien Al Mansour, les juifs troquent la dhimma de l’islam contre celle de la chrétienté. Les relations entre juifs et arabes se politisent. Les juifs sont considérés par les musulmans comme pro européens. Les juifs obtiennent les nationalités des pays surtout européens dans lesquels ils résident (France, Grande-Bretagne). Mais en même temps et à l’inverse, les communautés chrétiennes de Palestine et de Syrie s’arabisent. Par exemple, les églises orthodoxes coupent les liens avec Athènes et Moscou et adoptent l’arabe. Ces chrétiens arabophones soufflent l’antisémitisme en Europe (affaire Dreyfus,  affaire du « Protocole des sages de Sion »).

Au 19e les Lumières musulmanes prônent un réformisme musulman (les Lumières juives réforment aussi  leur propre sphère culturelle). On encourage une relecture du Coran, des hadiths, une épuration des valeurs juives. Le Sionisme, né en Europe, monte en même temps que le nationalisme arabe. En 1917, la déclaration Balfour  promet un foyer national aux juifs. En 1921, la Grande-Bretagne occupe la Palestine. Les relations entre juifs et arabes deviennent explosives.

 

Questions/réponses - Pour les islamistes, le complot juif est partout : en échange de la Palestine donnée aux juifs  par les européens, Israël est devenu le fer de lance des Croisés occidentaux.

 

 

 

15h30 - Conférence d’Anny Dayan-Rosenman, maître de conférences de Littérature à l’université Paris 7 Diderot :

 

«  Littérature et relations judéo-musulmanes :

autour de l’œuvre d’Albert MEMMI »

La littérature est un excellent moyen de déjouer les préjugés.

Primo Lévi qui était étudié dans le programme de lettres il y a 6 ou 7 ans parle de la Shoah et cela a été un problème dans certaines classes.

La force du texte littéraire peut dépasser les préjugés (antisémitisme, négationnisme, conflit du proche Orient). Elle permet d’affronter la complexité des sentiments, l’ambivalence de la coexistence juifs/musulmans. Les mémoires sont reformatées en fonction des idéologies du moment. Le danger de l’oubli de la coexistence de la culture partagée guette. Des séries antisémites sont diffusées sur le câble. Les jeunes juifs ressentent de la peur. Les communautés se referment.  

Il faut lutter contre le déficit de connaissance. Le juif réel est bien différent du juif imaginaire, fantasmé.

L’auteure Leila Sebbar est une femme de père algérien et de mère bretonne. Elle aborde dans ses ouvrages le thème de l’enfance partagée entre juifs et musulmans au Maghreb (Enfance algérienne, Enfance tunisienne, Enfance juive en méditerranée musulmane).

Dans les années 70-80, des écrivains juifs d’Afrique du Nord partagent leur nostalgie. Ils font le choix de l’humour (Jean Daniel, Le refuge et la source). C’est la littérature maghrébine française de la génération de 1952. Mouloud Feraoun écrit Le fils du pauvre qui décrit la figure de l’instituteur. Mohammed Dib dans La grande maison fait une métaphore du pays (réalisme). Mouloud Mammeri pose le problème berbère dans La colline oubliée.

Albert Memmi écrit La statue de sel. Il insiste sur la déchirure de l’identité. Cet auteur  est né en Tunisie en 1921 dans une famille juive arabophone et fréquente l’école française de l’AIU. Il ressent la rupture de la langue et de la culture avec ses parents. Il fait de nombreuses références aux textes bibliques comme sources culturelles et non religieuses. Dans Agar, il décrit les malheurs des mariages mixtes. Dans Portrait du colonisé, Portrait du colonisateur, il dépeint l’archétype du colonisé, du colonisateur, les relations entre homme et femmes. Ses livres sont préfacés par Camus, par Jean-Paul Sartre.

Mais Memmi continue de poser des questions qui fâchent, le statut des Berbères en Algérie, le départ des minorités juives d’Afrique du nord, l’hétérophobie des jeunes nations. Il interpelle les pays décolonisés. Du coup, son œuvre est mise à l’index et tombe pratiquement dans l’oubli.

Son personnage appelé Alexandre Mordekaï Ben Illouch se souvient de l’héritage prestigieux de l’occident dans son prénom (Alexandre) mais aussi de sa tradition juive (Mordekaï Ben Illouch). Le point de départ de ses souvenirs, le concours de l’agrégation qu’il passe à écrire les 40 premières pages de son livre.

La deuxième partie de son œuvre s’écrit en France après la décolonisation (Le scorpion, Le désert, Le pharaon). C’est une œuvre d’exil et de liberté.

Il ne faut pas oublier le passé mais ne pas s’y enfermer.

  

Questions/réponses – La question des mémoires est à aborder. Le film Les hommes libres montre par exemple que la mosquée de Paris a caché des juifs pendant la guerre.

 

16h30-17h30 - Echanges et réflexions suite aux deux précédentes conférences (entrées pédagogiques)

François Barrié, IEN-EG lettres-histoire

David Roou, IA IPR histoire et géographie

Laurent Arnaud, professeur d’histoire-géographie

 

FB - Chez L’Harmattan par exemple, on trouve des contes mahorais bilingues (mahorais/français). Ces ouvrages permettent un réenracinement des élèves mahorais présents dans nos classes. La bivalence lettres histoire en LP est un outil efficace.

 

DR/LA – Le fait religieux fait partie intégrante de nos programmes. En 6e le judaïsme, le christianisme. En 5e l’islam, la notion d’empire (coexistence de peules différents), le Pacte d’Omar, la dhimmitude. En 4e la Révolution française, le statut des juifs et leur accès à la citoyenneté ; la colonisation, le fonctionnement d’une société coloniale (Afrique du Nord). En 3e le régime de Vichy (les lois antijuives, la Shoah) ; la décolonisation après 1945, les bouleversements en Israël, en Algérie, le conflit israélo-palestinien.

 

FB – En CAP, en français, S’insérer dans la cité ; en histoire Les voyages de découvertes, la République en France, en géographie Mondialisation et diversité culturelle, en EMC Exercer sa citoyenneté dans la République française.

En Bac Pro, français OE3 Parcours de personnages, OE2 Les philosophies des Lumières et le combat contre l’injustice, OE1 Identité et diversité.

En histoire Seconde Voyages et découvertes, la Révolution française, Première La République et le fait religieux, en Terminale Décolonisation et nouveaux états.

En géographie Première la mondialisation culturelle, en Terminale les espaces ultramarins (exemple Mayotte).

En EMC, Ethique, dignité de la personne humaine, en Terminale Pluralisme des croyances et laïcité.

 

La bivalence lettres histoire permet un raccrochage, des  approches transversales.

  

 

 

Prise de notes et résumé – Philippe Barbey PLP Lettres Histoire Lycée Georges Cabanis - Brive – 06/12/2016